Le cancer, plus collant tu meurs. Guéri ou pas, tu vis avec. Tu te roules dedans, comme dans les herbes folles, histoire d’entretenir un vieux compagnonnage ; ne pas quitter la peur, complètement, et la garder sous ton oreiller. C’est un deuil en même temps qu’une drôle d’intimité dont on se passe sans vraiment se passer. Il y a des choses qui se terminent sans finir vraiment. Il y a des fraternités qui commencent, d’autres qui se poursuivent. Il est là le vieil ami. Il se manifeste régulièrement. Une connaissance qui meurt, un examen à refaire, un lecteur qui va de mieux en mieux, un copain qui passe juste à côté. On se compare à coups de rayons X, de bistouris et de détails cradingues. Camarades de tranchées. Ca fera trois ans bientôt, et toi ? Juste un mois, je débute. L’autre ? Tu ne savais pas ? Le poumon remarque, ça pardonne pas, il a tenu 7 ans. Merdalor ! On fait des concours de bites de victimes. On se colle, on se frotte, on se renifle comme s’il ne fallait pas quitter cette zone interdite où l’on est passé ou d’autres ont trépassé ; une salle d’attente où peut-être on repassera. Plus tard hein ? Billard à trois bandes avec "l'ami retrouvé". Oui, plus tard, c’est mieux comme ça. Alors pour ne jamais oublier, pour ne jamais être pris à revers, pour éviter de vivre dans la fausse joie, on garde une petite pensée pour lui. On se roule dans la bouche son goût de revenez-y. On va au scanner recueilli comme au temple, on se rapproche incidemment des initiés, on se perd en heures de conversation toute pleines de mansuétude. On goûte ses propres larmes car elles ont le sel de la vie. Tout ce cinoche intime avec un plaisir rentré, celui, bien sûr d’être toujours là pour en parler. On s’occupe des autres pour s’occuper de soi. Loué soit notre égoïsme, il est universel.




