On m’a invité il y quelques semaines à un colloque à la Sorbonne sur le langage et Internet. Bien évidemment, il a été question de la détérioration de la langue et de l’orthographe sur la toile. Chacun y est allé de son couplet sur le déclin du français et ce cyber-sabir qui règne en maître sur les forums, les tchats, et les sites atroces des créatures adolescentes. La langue sur la toile, je crois que c’est foutu, que le problème est sans solution et qu’il faut désormais s’intéresser non pas à la correction de ce qui est incorrigible mais plutôt à ces nouveaux langages qui ne sont plus tout à fait de l’écrit, plus tout à fait de la parole mais quelque chose d'intermédiaire. Les odieux smileys ont ouvert la voix. Le smiley c’est quoi ? C’est de l’écrit ou c’est de l’image, on ne sait pas très bien. Et ces nouveaux mots composés de lettres et de chiffres, c’est quoi ? Par exemple « W00T », « W zéro zéro T » ? C’est un mot ou un code ? W00F, selon un dico américain qui l’a adopté fin 2007, serait ce cri que pousse le joueur online quand il gagne. Et le Poke ? Qu’est-ce que c’est que le Poke tellement pratiqué sur Facebook ? C’est de l’écrit ? C’est du parler ou c’est un geste virtuel d’un nouveau genre ? Poker c’est toucher, mais toucher avec le doigt, taper sur l’épaule ? Le Poke, c’est peut-être un des tout premiers gestes virtuels sans équivalent, une sorte de stimulus inclassable, un mouvement affectueux et pas réel de socialisation virtuelle - on toque rarement les gens sur l'épaule dans la vraie vie - qu’on ne peut accomplir qu’avec un écran et un clavier.
Le Poke serait-il le début de notre mutation linguistique ? Un peu comme nous sommes passés du grognement à la parole, il y a des milliers d'années ?





Quand je lis les poèmes de Ronsard tels qu'ils étaient écrits de son vivant (on peut en voir au Clos Lucée, sa demeure de Tours), je me dis que ce qui se passe dans Facebook n'est sans doute pas le "premier" signe de notre mutation linguistique ! Ni le dernier d'ailleurs.
Rédigé par: Lo | 10 janvier 2008 à 13:08
Vous aurez rectifié à ma place. la demeure de Ronsard c'est le Prieuré de Saint Cosme à Tours. Le Clos Lucée était la demeure de Léonard de Vinci, tout près, à Amboise.
Rédigé par: Lo | 10 janvier 2008 à 13:34
Je crois que le problème à toujours été le même. Aujourd'hui, ceux qui écrivent mal ont juste envie d'écrire, c'est la seule différence avec l'avant net. Plus de fautes, plus de digressions donc, mais en parallèle, les jeunes n'ont jamais autant écrit.
SMS, smileys, néologismes à foison : des adaptations spontanées (sauvages parfois) de la langue à de nouveaux outils, qui apportent de nouvelles contraintes (claviers mini, flux de discussion rapide, temps d'intervention limitée, imitation plus fidèle de la parole, ect.).
Toute l'Histoire de l'écriture reflète l'adaptation des signes et des mots à l'évolution des supports et des métissages de langues (emprunts, ajouts de signes, lettres cursives, accents, abréviations, etc. on pourrait en parler des heures). Par conséquent, je ne comprends pas les gens qui s'offusquent devant le moindre changement, la moindre digression, allez soyons fou, la moindre invention, en matière d'écriture. Comme si l'écriture avait toujours été un outil « sacré » avec lequel il ne fallait absolument pas jouer, alors que mis à part quelques usages antiques, ce fut exactement le contraire. Notre écriture s'est figée il y a 2 siècle alors que notre langue a continué de vivre, pas étonnant que la démocratisation du net ait permis aux plus pressés, aux plus malins, aux plus expressifs, aux moins bons élèves aussi, de s'approprier leur alphabet à nouveau. Bon, je m'emballe un peu… ;-)
Le Smiley, le langage SMS, le « Poke », on aime ou on aime pas mais en tout cas, je trouve ces évolutions sont assez logiques.
Rédigé par: Ouinon | 10 janvier 2008 à 13:47
Entièrement d'accord avec le dernier commentaire.
Do you wanna poke me back ?
Ce qui est intéressant c'est que le poke c'est une sorte de don contre-don. Si je te poke, et que tu ne me fais pas un poke back... que dois je penser ? L'échange est inégal. Si tu me poke en retour, je suis rassuré. C'est fou !
Rédigé par: Pierre M | 10 janvier 2008 à 14:15
Mais si !!
on "poke" aussi dans la vraie vie...
regardez Sarko "poke" bien tout le monde ;-))
amicalement,
marc
Rédigé par: Maldinez Marc | 10 janvier 2008 à 14:15
Pierre M : bon, ok, vous n'aimez pas « poke » (moi non plus d'ailleurs, d'autant que je ne sais toujours pas ce que ça signifie vraiment sur Facebook). Mais je comprends que les familiers puissent se l'approprier (et par là même, que les non familiers, dont moi, ne le puissent pas).
Il y a écrit « posts » dans la bannière de ce blog (mot qui vient de l'univers des forums), ça (« cela » devrais-je écrire !) ne vous choque pas ?
Rédigé par: Ouinon | 10 janvier 2008 à 14:48
La preuve par l'exemple.
J'ai envoyé à un ami un petit facebookmail pour lui demander comment si tout allait bien.
Réponse :
bien et toi ?
(ton message ça ressemble à du poking !!)
Elle est pas belle la vie :
poke = comment tu vas ?
Rédigé par: leafar | 10 janvier 2008 à 15:18
Complètement d'accord avec le commentaire de ouinon : internet est rempli de gens qui n'écrivaient pas et qui se mettent à le faire. Ceci ne diminue le taux légal d'Arthur Rimbaud en vigueur.
On peut aussi pointer du doigt, dans la foule de ces gamins, ces quelques uns qui prennent plaisir soudainement à écrire mieux, qui font corriger fébrilement leur blog par leur mère.
Ah, les discours alarmistes sur les invasions barbares ! D'un peu plus, avec les e-Book, on n'allait plus lire de livre...
Tiens, pour la peine : lol.
Rédigé par: balmeyer | 10 janvier 2008 à 16:29
ont ouvert la voix ? Trachéotomie ?
Rédigé par: Pokemon | 10 janvier 2008 à 19:05
chacun aura pu corriger "w00t" et non "w00f".
même les pseudo-langages ont une pseudo-rigueur orthographique.
(c'est ma première correction orthographique de ma vie, quel plaisir.oh joie! oO' )
Rédigé par: pear gynt | 10 janvier 2008 à 20:06
Merci ! j'ai corrigé ! le pire c'est que je l'ai fait en revue de presse sans l'écorcher il y a un mois...je vieillis
Rédigé par: David ABIKER | 11 janvier 2008 à 09:02
David, ayant lu un billet sur le sujet, je suis allée me facebooker sur le site idoine, mais je ne comprends vraiment pas bien ce qu'on y fait, comment on l'utilise et l'intérêt de tout cela. Peut-être parce que toute l'interface est rédigée en anglais, alors je clique un peu au p'tit bonheur la chance ? j'ai essayé de répondre à un message, pas sûre du tout que cela ait marché, et puis surtout quel plaisir y trouvez-vous ?
La langue anglaise est parfaite pour les onomatopées. Poke, bimb, bouh. Et puis on peut jouer avec ces mots-là aussi. Parler du docteur Poke, et dresser l'oreille (pointue du bout)
bonne journée à vous, c'est chouette, c'est vendredi
Clopine
Rédigé par: Clopine | 11 janvier 2008 à 10:16
Et si on mélangeait la novlangue et l'argot?
Moi je dis que poke, ça poque*
Comme les chaussures Reebok (les chaussures qui poquent)
http://www.la-conjugaison.fr/conjugaison1.php?verbe=poquer&imp=1
*du verbe poquer, l'espression "ça poque" se dit lorsque l'on perçoit une odeur fétide.
Synonymes : ça pue, ça schlingue, ça fouette, etc.
Rédigé par: Lo | 11 janvier 2008 à 12:45
Ceux qu'ont rien à dire le font savoir par l'emploi de néologismes obtus.
Et de manière très convaincante vu qu'il est difficile de leur opposer une langue plus élaborée, trop difficile à transcrire dans la rapidité.
Rédigé par: Ramon | 11 janvier 2008 à 22:00
Ramon : ce n'est pas une question d’avoir quelque chose à dire ou pas, c'est une question d'utiliser des outils anglais, avec des boutons et des fonctions annotées en anglais ; d'avoir à envoyer un message sur un téléphone qui n'a que 10 touches pour 26 lettres ; d'avoir à échanger dans un chat [tchate’] qui défile à toute vitesse ; ou d'écrire un commentaire dans un coin de blog pendant une pose de 10 minutes au boulot. Dans ces conditions, il est bien plus difficile d'écrire en bon français.
Quasiment tous les systèmes d'écriture se sont construit sur des « smiley », des néologismes (blog = web log, seigneur pardonnez-nous !), des signes déformés par la rapidité du tracé (à cause de nouveaux support ou de nouveaux outils – de l'argile à internet, du calame ou clavier en passant par le stylo bille) et des assemblages faits pour gagner du temps, de la place ou de la précision (ligatures, abréviations, esperluette, signe euro, arobase, slash, etc.).
Ce n'est pas que je veuille absolument insister par simple orgueil mais c'est un sujet qui m'est cher et que je trouve intéressant. Je précise qu'un simple smiley aurait pu remplacer la phrase précédente, mais vu le contexte, je n'ai pas osé !
Rédigé par: Ouinon | 11 janvier 2008 à 23:07
Je pense quand même que l'emploi de smileys et autres raccourcis traduit un vide: culturel peut-être quand on n'a pas la possibilité de leur substituer une élaboration écrite de sa pensée, mais surtout un vide d'explications à fournir...
C'est comme ici, dessous le cadre du "commentaires": d'un côté juste un "aperçu" et tout de suite: "poster"...
Hi... métaphore visuelle!
Sinon je pense aussi que tu as raison pour l'obligation de la "vitesse"... Chose qui me concerne peu. Je prends le temps d'agrandir le fameux cadre des commentaires avant de commencer mon message, je n'ai pas de portable et ne travaille pas au bureau...
Rédigé par: Ramon | 12 janvier 2008 à 08:43
Quand j'étais petit mes grand parents ne savaient pas parler français: ils parlaient le patois du Nord Pas de Calais...
Ils m'ont raconté une de leurs pérégrinations dans le sud, du côté d'Avignon, chez une de leurs cousines très éloignée, et le fait qu'ils ne pouvaient communiquer avec leurs concitoyens provençaux qu'avec grand peine: et pour cause, eux non plus ne parlaient pas français ! Pour ma compagne, métisse alsaco-martiniquaise c'est la même chose, et d'ailleurs je ne comprends qu'assez mal les anciens de sa famille des deux bords... Car eux non plus ne savent pas vraiment s'exprimer en français.
Au résultat, je suis toujours amusé quand j'entends "de nos jours, le français fout le camp, plus personne ne le parle ou ne l'écrit correctement". Car moi, personnellement, je vis exactement l'inverse de ce qu'on me décrit: mes enfants ados, pour qui le smiley, le texto et toutes ces nouvelles formes d'expression sont naturelles, connaissent et comprennent le français bien mieux que leurs aïeuls, et il n'y a pas photo.
Il y a toujours eu des réactionnaires pour nous expliquer qu'avant c'était mieux, que "ma bonne dame tout fout le camp" et que les jeunes sont des crétins décérébrés qui ne savent plus s'exprimer. Il y en aura sans doute toujours. Tant que notre langue ne sera pas morte.
Finkielkraut nous explique à longueur d'émission la même chose, au sujet du langage et de la maîtrise du français. Je ne connais pas la biographie exacte de ce philosophe, mais je ne suis pas certain que ce qu'il nous décrit corresponde à l'histoire familiale ou individuelle du français moyen.
Rédigé par: Lo | 12 janvier 2008 à 11:54
"Moi, la français, je la parle mieux que tou et je ti merde(approximatif) ."
Coluche.
Rédigé par: Ramon | 12 janvier 2008 à 13:03
Je ne suis pas persuadé que le Poke soit une nouveauté intégrale : pour nous Français, oui, un peu, mais les Italiens pratiquent le "squillo" à haute dose depuis l'apparition du téléphone portable et de la présentation du numéro : juste une sonnerie, pas de tentative de conversation, et le destinataire du "squillo" (la sonnerie, littéralement) ne répond pas, ou alors en squillant lui-même en retour. La signification est la même qu'un poke : salut je pense à toi, comment ça va ? n'hésite pas à te manifester, je t'aime toujours, etc.
En gros, les Italiens se pokent par téléphone portable depuis 15 ans, il ne faudrait donc pas en faire un fromage, et surtout pas en attribuer la cause à Facebook.
Au plaisir de vous lire !
Rédigé par: Emmanuel | 12 janvier 2008 à 13:24
A lire, sur l'apparition de ces néologismes sociaux-techno, un billet autrement plus consistant de Passouline :
http://passouline.blog.lemonde.fr/2008/01/10/allez-tous-vous-faire-facebooker/
Assouline est un véritable écrivain donc il essaie de donner une réalité au concept de pokage. D'où vient cette nécessité, de quels moeurs ce comportement est-il l'héritier ? En une description bien sentie et sans prétention, Assouline croque le pokeur plutôt que de s'en tenir à des considérations post-branchouille de "découvreur de tendances".
D'ailleurs, j'ai beau retourner la phrase suivante dans tous les sens, aucun n'émerge, justement, de sens.
«Le Poke serait-il le début de notre mutation linguistique un peu comme nous sommes passés du grognement à la parole, il y a des milliers d'années ?»
Keskidi ? Si on le comprend de façon littérale, cela signifie que le pokage serait un progrès, une évolution, pourquoi pas une politique de civilisation pendant qu'on y est. Tellement con que c'est pas possible.
Donc la phrase «Le Poke serait-il le début de notre mutation linguistique» est juste une phrase comme ça. Une phrase innofensive sur une tendance semi-lourde. Ca mange pas de pain. Cool.
D'ailleurs dans le même genre "je découvre une tendance" , je propose au choix:
- « Le speed-dating serait-il le début de notre mutation relationnelle ?»
- « Le fist-fuking serait-il le début de notre mutation sexuelle ?»
- « Le blog-thinking serait-il le début de notre mutation intellectuelle ?»
Si ces sujets sont repris dans Technikart, je demande à être payé.
Rédigé par: rougegorge | 12 janvier 2008 à 15:46
Ben oui rougegorge... En plus, il semblerait que d'un seul coup grâce à Facebook certains constatent que les langages évoluent, et comme Facebook c'est tendance ils supposent d'emblée que "c'est le début" de cette évolution !
Sinon: le fist-fuking, ça doit être sacrément explosif comme pratique sexuelle ! C'est une contraction de "fuck" et de "nuke"? Il y a des vidéos?
Rédigé par: Lo | 12 janvier 2008 à 16:29
Ca y est. J'ai trouvé ce qui cloche ici.
David A. ne respecte pas les règles non écrites du code des blogueurs ! (la foule : "oooooooohhhhhh")
Il FAIT AUTRE CHOSE ! (la foule : "noonnnnnnnnnnn")
Il n'envoie de messages que toutes les semaines, des fois ! (la foule :(re)oooooohhhhhhhh)
Et alors on s'ennuie entre ses passages. (la foule "ouiiiiiiiiiiiii")
...Même que si ça se trouve, il ne regarde même pas ses statistiques de fréquentation ! (la foule : "non ! Pas ça !", mouvements divers sur les bancs de l'extrême gauche).
Clopine
Rédigé par: Clopine de passage | 15 janvier 2008 à 09:50
Ta note est passionnante et lucide et -encore un adjectif -: pertinente , pour le reste je suppose que tout a du être dit dans les commentaires précédents , et la compréhension dont tu as fait preuve m'oblige donc à me relire
Rédigé par: IK | 15 janvier 2008 à 20:48
Depuis des mois sur facebook, je n'ai encore jamais compris l'utilité du poke. J'ai essayé une fois, c'est pareil que faire un message, autant faire un message. Ce qui est dommage c'est que Facebook pourrait être franchement un bon moyen de collaborer mais que le ratio signal/bruit dans ce machin est atroce.
Effectivement, j'avais oublié cet usage italien que j'avais testé en france aux début du mobile quand les sms étaient hors de prix. Ca permettait aussi aux personnes avec le signal d'appel de rappeler du fixe quand il n'y avait plus de forfait ...
Par contre le terme de poke renvoie aussi aussi à des heures très très anciennes de l'informatique ou sur mon Apple //e on utilisait cette commande pour tricher aux jeux en basic en allant directement chercher dans la mémoire ou en mettant une autre valeur dans la case mémoire. A l'époque certains magazines ou babillards avaient des listes de peek et poke à faire pour les jeux...
Je ne crois pas que la rapidité joue. Utilisateur de Twitter quand il marche, on voit que les gens ne communiquent pas SMS ou kikilol comme on peut voir ailleurs. Le fait d'être très limité dans le texte impose souvent quelque chose de concis et précis. C'est pareil pour les discussions en audio sous worldofwarcaft où on penserait avoir la cours d'école qu'on peut voir sur les canaux de discussion mais où en fait l'information est hyper condensée et où les utilisateurs ont appris à respecter cette concision pour l'efficacité. (cf présentation de joi ito au web 3). Oui c'est une mutation, ce qui devrait interroger vraiment c'est ce que vont donner ces utilisateurs dans le monde du travail ou dans la société civile et politique une fois aux manettes.
Rédigé par: frédéric cuignet royer | 16 janvier 2008 à 12:09
Oui, et on peut d'ailleurs traduire poke par schtroumpf, approximativement.
Rédigé par: mme petit poisson | 20 janvier 2008 à 00:15