Je copie ici ce que j'ai écrit sur le blog de Christophe à propos de cette contribution. Il parait que ce blog est à prendre au second degré, que ce n'est pas juste de la promo (ou est-ce de la promo, je suis largué...). Je n'ai rien compris, donc. Et je vois qu'un des auteurs bosse chez Natixis, comme économiste. Intéressant...
"Je me demande à quoi Abiker veut en venir, en sollicitant des gens qui reproduisent des idées reçues (sauf Eolas, Rozès, Birenbaum) j'ai trouvé des billets manifestement écrits par des gens qui manipulent les poncifs - parfois avec raison sur le fond, mais poncifs quand même. Comme j'essaie de ne pas m'emporter à propos de sujets que je ne connais pas, je vais en rester aux traders, donc - parce qu'il se trouve que je le connais pas mal. J'ai été teneur de marché chez Bankers Trust entre 1990 et 1992, à Paris (MONEP) et à Londres (LTOM) et assistant du patron d'une trentaine d'agents de change chez Indosuez auparavant. Je connais ce monde de l'intérieur, et de l'extérieur.
Je dois dire que ça fait bien longtemps que je n'avais pas lu un tel concentré de lieux communs sur "les traders" ; quelques éléments solides égarés au milieu d'un scénario digne du Bucher des Vanités. (Toi aussi, tu voulais en venir où en écrivant cela ? Pourtant, tu as sans doute des copains ex-traders, Christophe, qui auraient pu t'aider à mieux viser. Surprenant.) Mais je ne suis pas sur que cela soit très utile de s'attaquer à des idées reçues, surtout en ce moment. Quoique.
Parce que les gens, tes lecteurs, gagneraient sans doute à mieux comprendre ces traders dont tu parles - dans la vraie vie. D'abord, la définition. Il y a deux sortes de "traders". Les vrais et les faux, c'est-à-dire les brokers. Un broker achète ou vend pour le compte d'un client, et gagne une commission. En théorie, il ne prend aucun risque. (J'ai toujours trouvé que c'est un job sans intérêt, très con pour tout dire.) En fait ces brokers sont des vendeurs (d'ailleurs en anglais, la langue des traders, n'est ce pas, on parle de salesman) et AMHA (IMHO en VO) leur seule valeur ajoutée c'est leur carnet d'adresse - et leur bagout. Surtout maintenant que les criées sont automatisées.
Les traders, les vrais, sont des teneurs de marché : les gens qui fournissent la liquidité aux acteurs de l'économie "réelle". Ils prennent des "positions" ; à la hausse, à la baisse, souvent en même temps dans des combinaisons déterminées par leurs "positions de risque" - en fonction de la "volatilité" qu'ils ont vendu. Ils sont rémunérés par la différences entre l'offre et la demande, vu que parfois ils sont l'offre et parfois ils sont la demande. Les teneurs de marché ne prennent jamais partie, ils sont toujours "en face" de quelqu'un qui veut jouer à la hausse, ou à la baisse, ou, etc... En gros, ils vendent un service - comme les gens qui vendent de la communication, ou ceux qui organisent les relations de presse.
Tu as raison, Christophe, ces vrais traders s'éclatent ; ils aiment les "risques" (plus que les chiffres) et travaillent avec - en même temps ils les comprennent. Contrairement à ceux qui leur donnent des ordres : les chefs d'équipe, les patrons, les (soit-disants) controleurs qui ne controlent rien parce qu'ils ne comprennent rien. Pas plus que la plupart des économistes, non plus. Le problème central c'est le contrôle des risques, et la régulation des activités de trading - pas le comportement individuel des traders. C'était déjà arrivé avec Barings, il y a longtemps : une position "erreur" (connerie de trader) qui devient un gouffre (absence de gestion des patrons de l'équipe) et qui finit par faire exploser la banque (les big boss de la banque ne savent pas ce qu'est la volatilité, très ennuyeux).
Le problème ce sont les types qui décident de commercialiser des produits "innovants" auxquels ils ne comprennent pas grand chose (souvent inventés par des génies des maths français, d'ailleurs, avec l'aide de brillants économistes, comme chez Natixis :) ...) simplement parce que les commissions sont juteuses - et que les produits en question sont "non régulés". Enfin bref, tout ça est beaucoup, beaucoup plus compliqué que tu ne le décris, Christophe.
Quant à la vie des traders, elle, est souvent plus simple et moins glamour que tu ne l'écris. Bien sur, certains ressemblent (et ressemblent toujours, d'ailleurs...) aux caricatures. Mais la plupart, non. Dans mon expérience, on rencontre des tas de gens atypiques, plutôt . M'enfin... En général, on n'a pas de bureau, mais plutôt un bout de desk encombré devant des écrans (là, rien à dire, on a bien des écrans). Mais bon... A propos, tu aurais aussi pu évoquer la poudre blanche et les gays dans ta vision du monde du trading. Ca aurait rajouté aux poncifs, mais au moins ça aurait été un peu plus vrai. Bon, enfin voilà, juste dans mon expérience...
Désolé d'être abrupt : cela fait 20 ans que j'entends des âneries sur les traders, alors voilà.
A mon avis, retenons que le problème est (et reste, malgré les gesticulations du G20) dans l'absence de compréhension des risques, des produits financiers qui portent ces risques, et dans l'absence de régulations qui en découle. A cela se greffent des gens sans scrupules (la nature humaine), et d'autres qui ne savent pas prendre leurs responsabilités (idem), les conflits d'intérêts, etc. Enfin, voilà, tout ça est compliqué.
Et puis, l'enterrement attendra. Mr Abiker a t'il remarqué la remontée des marchés récentes, et les résultats annoncés de quelques banques ? L'économie a besoin de financement. Un marché ça bouge, et aussi longtemps qu'il y a aura des marchés, il y a aura des teneurs de marché. Il vaudrait peut être mieux chercher les responsables du merdier actuel là où ils sont..."
Pierre Guillery n’est pas d’accord avec Christophe Ginesty et tenait à le faire savoir. Il bloggue ici
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